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Une aventure épique

XIème siècle, des autochtones s'affairent pour préparer le chemin de randonnée de Julian et Stéphanie. Bientôt à la tête d'un empire de 4 000 kilomètres de long, Manco Cápac, premier Inca, sait que ses futurs randonneurs seront exigeants. Portes du soleil, lieux de cultes modestes et temples démesurés, aucun effort ne sera épargné pour garantir au peuple Quéchua une gloire éternelle.

Portés par les feuilles de coca et par leurs divinités, les montagnes, les étoiles et le soleil, les Incas construiront le plus grand empire sud-américain pré-colombien en s'inspirant des connaissances de leurs ancêtres, les civilisations pré-incas.

Tout cela n'avait-il pour but que de préparer les vacances de Stéphanie et Julian ? Les historiens avouent ne rien y comprendre, et cette question maintes fois reprise constitue l'un des schismes les plus vifs et douloureux de l'histoire moderne.

Ce récit prendra le parti de ne pas s'attarder sur cette question délicate afin ne froisser aucune sensibilité.

Feuille de route

Trois semaines de voyage, 2500 kilomètres de bus, tente, villages reculés. Rien ne sera épargné aux deux protagonistes de cette histoire. 

Du Pérou à la Bolivie en passant par des déserts arides, des réserves naturelles aux milliers d'oiseaux, de phoques et de pingouins (?!), des randonnées plus hautes que le sommet du mont blanc où l'oxygène se raréfie. Nous traverserons des canyons peuplés par les condors, plus grands oiseaux d'Amérique, et visiterons de nombreuses villes coloniales aux architectures pré-colombiennes, espagnoles et maures.

Que les allergiques à la pomme de terre, au maïs et au pisco referment cette page immédiatement, ce récit ne conviendra pas à tout le monde. Le Pérou connait tous les climats et toutes les altitudes, mais ses traditions culturelles et culinaires restent solidement ancrées à travers les siècles. Notre voyage était fermement orienté vers la découverte historique et culinaire. Vous devinerez que l'aspect culinaire nous a malmené. Vous voici prévenus.

Enfin, cette histoire contient une des sept merveilles du monde. Tout un programme.

Lima - Deprimum jacta est

La déprime en est jettée. Ça ne veut rien dire, mais je trouve que ça résume assez bien le début de ce voyage. Lima est la ville à la population la plus déprimée du Pérou.

Pourquoi ? Il suffit de regarder les photos. La ville souffre d'un micro-climat qui l'enferme dans un brouillard épais toute l'année. L'atterrissage plonge tous les voyageurs dans la stupeur, chacun espérant que la brume se lève. N'ayez aucun espoir, seule la fuite vous délivrera de ces nuages. Les architectes de la ville ont tenté de contrecarrer les plans de patchamama (mère nature) en peignant les bâtiments en jaune et rouge vif. Peine perdue. Les Incas connaissaient l'importante de l'astre solaire, chaque habitant de la ville mesure aujourd'hui la sagesse de ses ancêtres.

Du reste, la ville ne nous a pas séduits. Passablement délabrée, beaucoup de bâtiments sont laissés à l'abandon, et seul le rez-de-chaussée reste habitable (les autes étages manquant de s'effondrer, il faut être téméraire pour accepter de vivre en dessous !)

Nous nous sommes échappés de Lima bien assez tôt. Place à la nature !

Paracas

Le Pérou n'est pas connu pour son désert, et pourtant...

C'est un des déserts les plus secs au monde. Certaines régions ne connaissent que 1.8mm de pluie par an, et il a fallu tout le génie des civilisations pré-colombiennes pour en faire des zones habitables. Il y a plusieurs millions d'années, ce désert était immergé sous l'océan pacifique. Le pérou se trouve aux abords de trois plaques tectoniques, ce qui en fait une région particulièrement active géologiquement. Des dizaines de petites tremblements de terre y surviennent encore chaque jour, et la région connait régulièrement des seismes dévastateurs.

On trouve ici les vestiges des fonds marins avec des coquillages fossilisés. On y retrouve aussi des vestiges humains beaucoup plus récents. Des tonnes de coquillages vides y ont été largués après avoir été consommés par l'industrie agroalimentaire. 

Mais la région de Paracas n'est pas qu'un désert. C'est aussi la région du Pisco, la boisson nationale Péruvienne (le Pisco Sour... Berk :-) et une réserve naturelle gigantesque.

Il faut de bons yeux, mais il y a des coquillages fossilisés sur cette photo.

Il faut de bons yeux, mais il y a des coquillages fossilisés sur cette photo.

Le Pérou et le Chili comportent une particularité probablement unique au monde. Des manchot dans un désert. (Manchot de Humboldt, pour les intimes) Vivant grâce aux courants froids de Humboldt et grâce à une mer particulièrement riche en poissons, les manchots de la réserve de Paracas s'épanouissent au milieu de milliers d'oiseaux. 

Pour le reste, j'ai passé les deux heures de d'exploration sur le bateau à prier : nous étions survolés par des milliers d'oiseaux, et je n'ai jamais eu de chance avec les oiseaux. Le guide nous a prévenu qu'il était rare de rentrer secs de ce voyage.

On en prend tout de même plein les yeux. Des familles de lions de mer nous ignorent royalement tandis que les manchots et divers oiseaux font leur show. 

Le vacarme est assourdissant, et je continue de m'en remettre à pachamama pour éviter les déjections. Finalement, je ressortirais presque indemne de cette excursion !

El Candelabro

"Le Candelabre" est une des attractions de la réserve de Paracas. Comme souvent dans la région, le lieu recouvre une part de mystère, et le visiteur ignore tout de ce qu'il est en train de regarder. Il s'agit d'une oeuvre de 180 mètres de long gravée dans la roche dont on ignore la fonction ou la date de création. Différentes hypothèses existent, la plus populaire étant que le géoglyphe est vieux de 2200 ans.

La légende dit qu'il s'agirait d'une carte au trésor forgée dans le granit par des pirates. Des variantes indiquent qu'il s'agirait là d'un symbole maçonnique. 

Au delà des spéculations, la région fut le territoire d'une population pré-inca: les Nazca. Spécialisés dans la gravure sur roches. Comme pour le candélabre, la signification de ces géoglyphe reste mystérieuse, et de nombreuses hypothèses existent.

Le vol

Partie un peu moins sympathique du voyage... notre groupe s'est fait voler. 

La Pérou est réputé pour être un pays sujet au vol d'affaires. Nous étions prévenus, nous sommes restés vigilants, mais cela n'a pas suffi. Internet regorge de ces histoires de vol où des douaniers corrompus rançonnent les voyageurs. Notre guide nous a demandé de conserver nos sacs à dos à l'avant et de toujours l'avoir dans le champ de vision, mais rien de cela n'a suffi.

Lors d'un trajet de 5 heures en car, la moitié de notre groupe s'est retrouvée délestée de caméras, cosmétiques, sous-vêtements, affaires d'hygiène féminine, argent... Un vol méticuleux passé inaperçu avant d'arriver à l'hôtel. Une fois passée la stupefaction, il a fallu aller porter plainte pour faire jouer les assurances. Cela nous aura donné l'occasion d'expérimenter les commissariats péruviens (une aventure de plus !) dans Paracas.

De notre côté, pas de perte de valeur à déplorer, si ce n'est une conscience un peu moins légère jusqu'à la fin du séjour et une vigilance accrue.

Nazca

Le Pérou évoque principalement la civilisation Inca, mais il y en a eu de nombreuses autres, précurseures des Incas, dont émanent de nombreuses connaissances et croyances attribuées au peuple Quéchua. Les Nazca, qui peuplaient l'Amérique du sud il y a  2 000 ans en Amérique du Sud en font partie.

Les Nazca sont célèbres pour la particularité de leurs puits et pour les "lignes de Nazca" qui couvrent les sols de leur région. Il y en a des dizaines, dont la fonction n'est pas connue. Ces lignes cumulées font des centaines de kilomètres, et les guides sont intarissables pour en imaginer l'utilité potentielle. De l'invasion d'aliens à la création d'un calendrier astronomique géant, le visiteur est libre de se faire sa propre opinion.

Au délà des grandes lignes de plusieurs kilomètres de long, de nombreux animaux et végétaux sont représentés par des figures gigantesques. Serpent, arbre, grenouilles... Parfois, les formes sont soumises soumises à des fantaisies de la part de leur créateur. Par exemple, la grenouille et l'arbre ont des mains. (mais parfois 4 doigts seulement).

Les puits de Nazca

Les réalisations Nasca ne s'arrêtent pas aux calendriers cosmiques géants. La région possède de nomreux puits aux propriétés mystérieures. Une chose est sûre : 2000 ans ont passé, et l'eau y coule toujours. Ces constructions résistent aux séismes grâce à leur forme ingénieuse, et permettent d'approvisionner en eau les populations vivant dans une des régions les plus sèches et désertiques du monde.

L'hypothèse des scientifiques est que la forme de ces puits permet aux vents de s'engouffrer et d'amener l'eau au puit suivant via des conduits creusés sous le sol. Cela permet d'alimenter un vaste territoire à partir d'une seule nappe phréatique. Au delà l'intérêt pratique, l'esthétique n'en reste pas moins merveilleuse.

Les pyramides Cahuachi

Nous savions que les Aztèques et les egyptiens avaient bâti des pyramides, mais saviez vous qu'un site possédant 24 pyramides existait au Pérou ? Il s'agit du centre cérémoniel de Cahuachi.

Certaines salles étaient réservées à l'enterrement des corps tandis que les plateformes les plus en hauteur servaient aux sacrifices. L'extrême chaleur et la secheresse du désert permettaient d'empêcher la putréfaction des corps tandis qu'ils étaient emmaillotés dans du coton. La charmante momie était ensuite inhummée. Le sacrifice humain fait partie des traditions millénaires des civilisations d'amérique du sud. Notre guide nous a glissé en confidence que cette tradition était toujours pratiquée dans les zones reculées, par des entrepreneurs souhaitant s'attirer les faveurs des dieux pour faire prosperer leurs affaires. :-)

La suite de ce récit sera parsemée de restes humains et de momies en tous genre. Âmes sensibles, s'abstenir. 

des dizaines de pyramides sont encore enterrées sous ces dunes.

des dizaines de pyramides sont encore enterrées sous ces dunes.

Un cimetière Nazca à ciel ouvert.

Un cimetière Nazca à ciel ouvert.

Des pillards ont retourné les tombes pour retrouver les biens précieux qui ont accompagné les morts dans l'au delà

Des pillards ont retourné les tombes pour retrouver les biens précieux qui ont accompagné les morts dans l'au delà

Cheeeeeese

Cheeeeeese

Notre véhicule pour franchir les dunes de 10 mètres de haut

Notre véhicule pour franchir les dunes de 10 mètres de haut

Arequipa - Magnificus jacta est

D'accord, j'arrête avec les fausses locutions latines.

Occupée depuis près de 8000 ans, conquise par les Aymaras, puis par les Incas, puis par les Espagnols, Aréquipa est située au milieu de la vallée fertile et bénéficie d'une situation exceptionnelle. Riche en eau, logée au milieu des volcans, la ville est l'équivalent de Paris : ses habitants sont fiers, méprisent les habitants des autres villes, mais ils ont pour eux d'habiter dans la plus jolie cité ! (rappel : ce récit se veut purement objectif ! Aucune réclamation ne sera acceptée.). La ville a même des vélléités indépendantistes. Sa population a raison : elle est autonome et auto-suffisante.

Le riche passé colonial de Arequipa lui confère une architecture exceptionnelle pleinne des influences espagnoles et maures sur les bâtiments. Le plus grand couvent au monde témoigne de l'influence catholique des derniers colons.

Le volcan Misti (considéré comme un dieu - comme toutes les montagnes et volcans suffisamment hauts) veille sur la ville.

Juanita, momie de Arequipa

L'histoire de Juanita marque la première rencontre de cette aventure avec le peuple Inca. Le reste y sera presque exclusivement consacré.

Le socle des croyances Inca repose sur la symbiose entre Pachamama (mère nature), Pachapapa (le ciel) et les vivants. Pour ce faire, l'Inca tente de dompter la volonté divine par diverses incantations, rituels (encore pratiqués aujourd'hui, nous y reviendrons !) et sacrifices. Sacrifices animaux ou humains. L'offrande de foetus de Lama est toujours activement pratiquée.

Les pratiques sacrificielles n'étaient pas les mêmes dans tout l'empire Inca, mais elles étaient particulières dans la région d'Arequipa : les plus beaux enfants étaient sélectionnées dès le plus jeune âge. Ils devaient rester vierges et purs, et étaient retirés à la civilisation pour vivre reclus dans une communauté qui leur était dédiée, à l'abris du monde. Considérés comme des divinités en devenir, l'honneur était grand.

Ces jeunes n'avaient qu'une seule vocation : apaiser le courroux divine en offrant une âme pure à Pachamama. Quand mère nature manifestait sa colère par un tremblement de terre ravageur ou une éruption volcanique, un enfant était dépêché sur place. Après plusieurs mois de marche, la cérémonie débutait sur le lieu du sinistre. 

Cette photo n'est pas de moi

Cette photo n'est pas de moi

L'enfant buvait de la bière de maïs fermenté depuis plusieurs années. Une fois le jeune ivre, le shaman Inca lui assénait un grand coup de masse sur la tête : le courroux de Pachamama devrait alors être apaisé.

L'état de conservation de Juanita est remarquable : elle a été sacrifiée à 6000 mètres d'altitude par un froid glacial, et a été congelée pendant près de 500 ans, avant qu'une éruption volcanique ne fasse émerger son corps de la glace. Sa peau et son bol gastrique ont été retrouvés intacts, et vous serez heureux d'apprendre que le dernier repas de Juanita a été composé de légumes ingérés 6 heures avant le décès, ainsi que d'une forte dose de maïs fermenté qui l'a probablement rendue inconsciente avant le coup fatal.

Les lieux de sacrifice Inca regorgent de bijoux, d'étoffes et de poterie et sont très précieux pour les archéologues. Juanita a été enterrée avec des dizaines de pots et de statuettes en or, en platine et en argent.

Cette photo n'est pas de moi

Cette photo n'est pas de moi

Couvent Santa Catalina

Le Couvent Santa Catalina est l'un des attraits principaux de Arequipa, et pour cause : c'est le plus grand couvent au monde, et le plus grand édifice religieux du Pérou. Il s'apparente à une petite ville, et appartient à des soeurs carmélites (des soeurs catholiques contemplatives) qui vivaient recluses jusque dans les années 1970. Aujourd'hui ouvert au public, la petite communauté de 40 religieuses s'est modernisée en produisant de l'artisanat et du fromage pour la population. Il y a même des vidéos des soeurs jouant au basket (on ne respecte plus rien !)

C'est en se laissant guider dans le couvent que l'on réalise la rigueur des missionnaires catholiques partant imposer les bienfaits de leur civilisation aux "sauvages" : les cas de nones se flagellant ne sont pas rares, sans parler de celles dormant sur un tapis de clous pour montrer à dieu que leur âme est pure, et qu'elles n'ont que faire de ces petites considérations matérielles secondaires (appelées leurs corps.)

Le lavoir des nones

Le lavoir des nones

Soeur sourire, spécialiste de l'auto-flagellation avec un martinet clouté

Soeur sourire, spécialiste de l'auto-flagellation avec un martinet clouté

Je vous épargne, j'ai déjà assez blasphémé comme ça.

Je vous épargne, j'ai déjà assez blasphémé comme ça.

Colca Canyon - Territoire des condors

Colca Canyon se situe à 4350 mètres d'altitude et expose le voyageur non averti aux premiers symptômes du mal des montagnes. Accessible par une route sinueuse culminant à 4900 mètres (plus haut que le sommet de notre Mont Blanc), où l'oxygène se raréfie et expose les corps à des conditions inhabituelles. Le mal des montagnes est une bombe à retardement : on se sent bizarre et vaseux en montant, mais les vrais symptômes interviennent entre 6 et 12 heures plus tard. Inutile de préciser que certains membres de notre groupe ont été très malmenés par l'expérience. De notre côté, rien à signaler à part la singulière sensation d'un essoufflement intense après 5 pas !

La route vers Colca Canyon a été l'occasion de notre première rencontre avec les Alpagas, les Lamas et les Vigognes. Quelques photos plus tard, nous voici repartis vers la demeure des condors, plus gros oiseaux prédateurs d'amérique du sud. Le condor fait partie des trois animaux sacrés des Incas (Serpent, Puma et Condor), il revêt donc une importance capitale pour les Péruviens.

La feuille de coca

Le mal des montagnes est un prétexte parfait pour se gaver de feuilles et de bonbons de coca : plante à la base de la cocaïne, consommée par les indigènes depuis des milliers d'années à laquelle on prête mille vertues. La consommation au Pérou est d'ailleurs toujours parfaitement légale.

Petit point de détail : il faut 90 kilos de feuille de coca pour produire un gramme de cocaïne (qui elle, est illégale). Inutile de dire que les effets psychotropes sont inexistants. Réputée comme étant non addictive, les locaux en machouillent à longueur de journée, ce qui produit parait-il, une sensation de tête légère et une diminution des effets de l'altitude.

De notre côté, nous avons consommé des bonbons au coca frénétiquement et avons évité tous les symptomes du mal de l'altitude. Coïncidence ? On ne sait pas. La consommation de feuilles de coca est, elle, plus particulière. Elle anesthésie la bouche et la gorge, comme chez le dentiste. La sensation est très destabilisante.

La traque des condors

La journée à Colca Canyon était en partie consacrée à l'observation du condor des Andes. A notre descente du véhicule, nous nous sommes dirigés vers le canyon. Des bruits d'oiseaux déchiraient le ciel, nous sentions que nous approchions du but. Les quelques clichés d'oiseaux témoignent de notre expérience de ce jour : les condors font jusqu'à 3 mètres d'envergure, ce sont des monstres. Petite surprise tout de même : nous n'avons entendu aucun bruit de condor. Les cris déchirant venaient de minuscules oiseaux (photos ci-dessous) en charge du doublage des gros monstres volants.

La vue qu'offre le Canyon est spectaculaire : il s'agit du deuxième Canyon le plus profond au monde, et les plus téméraire peuvent en explorer le fond via des randonnées de plusieurs jours, en faisant étape dans des villages accessibles uniquement via des lamas. (Pas de route). Autrefois habités par les Incas, il reste de nombreux vestiges érigés par le peuple Quechua.

Un vestige de festin

Un vestige de festin

Doubleur officiel des condors

Doubleur officiel des condors

Des figures bibliques Quéchuaisés

Des figures bibliques Quéchuaisés

Jésus en habits traditionnels

Jésus en habits traditionnels

Couché de soleil sur Arequipa

Couché de soleil sur Arequipa

Couché de soleil sur la cathédrale de Arequipa

Couché de soleil sur la cathédrale de Arequipa

Un prédateur se repose au loin

Un prédateur se repose au loin

Cuzco

Cuzco

Cuzco - BOOM BÉBÉ !!!

Si vous n'avez pas compris la référence à "Boom bébé !", c'est que vous devez arrêter de lire cette page et regarder Cuzco l'empereur mégalo en urgence.

Cuzco marque un basculement dans notre voyage : nous voici dans la capitale de l'empire Inca. Au croisement des civilisations, dans le nombril du monde. (C'est la signification de Cuzco en Quechua). L'empire Inca a été annéanti par les conquistadors espagnols au 16ème siècle, ce qui en fait une civilisation disparue plutôt récente. 

Nous sommes dans la capitale du monde Inca, et ça se voit. Ici, le temps n'a pas fait son oeuvre, mais le travail de sape des conquérants espagnols dans leur oeuvre d'assimilation par la destruction, si. Les temples païens sont détruits, on érige des églises par dessus pour faciliter l'adhésion des sauvages aux dogmes catholiques. On tente de détruire les quatres palais Incas, mais ils sont bien trop solides et les pierres pèsent des tonnes. Las, on en retire le toit et construit d'autres bâtiments sur les fondations (ce qui donne un style particulier à la ville - D'énormes pierres scellées en bas, du crépit ou ciment blanc en haut).

Pachacutec, empereur Inca qui a ordonné la création du Machu Picchu

Pachacutec, empereur Inca qui a ordonné la création du Machu Picchu

Les constructions inca sont aussi mystérieures qu'incroyables : la science n'explique pas comment ont été transportés les pierres de plusieurs tonnes qui servent à bâtir les bâtiments. La roche est taillée si finement qu'aucun mortier n'est utilisé pour consolider les murs. Chaque mur est bâti de manière légèrement inclinée, ce qui lui donne des propriétés anti-sismiques redoutables. Le Pérou se trouve à la frontière de plusieurs plaques tectoniques très actives et les séismes sont monnaie courante ici. 

Les conquistadors ont dit de Cuzco qu'elle était la plus belle ville au monde, et ses bâtiments traversent les âges : le couvent catholique de la ville a été bâti par dessus le temple du soleil Inca. Les tremblements de terre successifs de ces 5 derniers siècles ont fait s'éfondrer le couvent, laissant apparaitre à chaque fois un temple du soleil intact.

Cuzco revêt une importance symbolique capitale : venant des tribus du lac Titicaca, Manco Capac a décidé de fonder le coeur de son empire ici. Les différents Incas (contrairement à la croyance populaire, les incas désignent les empereurs. Les habitants sont les Quechua) ont chacun érigé un palais dans la ville, et ont rayonné autour pour y construire des temples. L'un d'eux, Pachacutec, a décidé d'ériger un lieu sacré que nous nommerons plus tard le Machu Picchu, mais c'est une histoire qui sera racontée plus loin dans ce récit.

Des fondations Inca utilisées par les conquistadors  pour construire leurs bâtiments

Des fondations Inca utilisées par les conquistadors pour construire leurs bâtiments

Publicité pour un médicament contre le mal des montagnes

Publicité pour un médicament contre le mal des montagnes

Quarry trail - En route vers le Machu Picchu

L'accès au Machu Picchu a été pensé par les Incas comme un parcours initiatique pour préparer l'esprit du visiteur à ce qu'il allait voir. Il y avait de multiples routes d'accès, donc la plus célèbre se nomme le chemin de l'Incas, et parcourt 56 kilomètres en montagne. Ce chemin est surpeuplé et soumis à limitations d'accès pour le préserver, un nombre limité de permis est délivré pour chaque jour, et il faut s'y prendre 6 à 8 mois à l'avance pour décrocher le sésame. 

Nous avons pris un autre chemin de longueur comparable : le Quarry Trail.

Notre groupe est composé de 14 personnes, de 22 à 71 ans. La journée de marche la plus longue est de 12 heures consécutives (en montée !), la tâche sera rude. :-) Heureusement, nos héros du jour sont rompus à l'exercice.

Notre équipée est également composée de 15 chevaux, de 5 dresseurs, 2 cuisiniers et 2 guides. Nous sommes ce qu'on appelle des "randonneurs martini", même si le voyage ne sera pas de tout confort, avec des températures négatives à endurer sous la tente.

Le Quarry trail est un chemin autrefois utilisé par les Incas, il est donc bordé de vestiges. Nous passons par un temple encore utilisé aujourd'hui où trônent des offrandes (feuilles de coca, bonbons et boissons). L'autel a une forme bien particulière (photo ci-contre) : le double renfoncement marque un lieu sacré.

Nous croisons également des maisons délabrées : vestige d'une population rurale migrant vers les villes. Les quelques habitations encore occupées aujourd'hui le sont par des fermiers, bravant l'altitude et le climat pour cultiver le blé, le quinoa ou le maïs. Les altitudes très élevées ont, semble-t-il, des propriétés bénéfiques pour certains types de plantations.

Notre marche est ponctuée par la rencontre avec quelques habitants : des enfants partant à l'école, parfois à deux heures de marche de la maison, et par les chiens locaux qui décident de suivre le goupe et d'attendre à la sortie des tentes pour profiter des restes des repas. Le chemin monte beaucoup, et bientôt, un de nos premiers collègues marcheur abandonne : ramené par un des chevaux de secours au point de départ, il passera les trois prochaines nuits à l'hotel pendant que nous congèlerons sous nos tentes.

Au sommet d'une première montagne, nous croisons un petit village Inca déserté. Il servait d'étape et de lieu de soin pour les randonneurs Quechua exténués en route vers le Machu Picchu. D'ailleurs en parlant du Machu Picchu, saviez-vous que la manière dont nous, français, prononçons ce mot signifie "vieux pénis" en quéchua ? La vraie prononciation est "Matchou Pictchou", qui signifie "vielle montagne". C'est la fin de ce point culture.

Le reste de la première journée de marche se déroulera dans la bonne humeur et la fatigue. L'arrivée au camp le soir est bienvenue, la nuit commence à tomber et un vent glacial se lève. Nous gelons sur place.

Stéphanie empile sa 6ème couche de vêtement et continue de trembloter (mais elle a des prédispositions génétiques à se transformer en glaçon) tandis que le groupe entier s'éteint. Nous mangerons à 18h pour aller nous coucher à 19h30. C'est tant mieux, il fait nuit depuis 2h30 et nous nous levons à 4h le lendemain pour une journée de marche de 12 heures. La nuit sera glaciale à 3600 mètres d'altitude pendant l'hiver péruvien.

Le lever à 4h n'a pas été trop compliqué : de toute façon nous étions déjà reveillés, prêts à attaquer l'ascension qui nous mènerait à 4400 mètres d'altitude, face aux volcans sacrés des Incas.

"Dog Marley", le chien aux dread locks

Stéphanie à la peine, mais la volonté y est !

Stéphanie à la peine, mais la volonté y est !

Porte du soleil

Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas sûr d'avoir compris le but des portes du soleil, et internet ne semble pas fournir d'information non plus. :-) C'était visiblement un endroit d'enfouissement des richesses pillé par les espagnols.

Le Machu Picchu est encerclé de ces portes du soleil dont la principale culmine au dessus à quelques centaines de mètres, et accueille les marcheurs épuisés par leurs 56 kilomètres au milieu des montagnes des Andes.

La première porte du soleil que nous croisons se trouve au dessus de notre dernier terrain de camping. Le groupe est ereinté et la plupart des marcheurs iront directement sous les tentes sans passer par le monument. Votre serviteur étant résistant, il vous apporte de nombreuses photos du lieu.

Grasse matinée le lendemain, nous avons le droit de sortir de nos tentes à 6h.

Il est l'heure de se lever !

Il est l'heure de se lever !

Exercices matinaux

Exercices matinaux

Le terroriste du meuglement. Avec un rythme de métronome, il a meuglé toute la soirée, chaque minute.

Le terroriste du meuglement. Avec un rythme de métronome, il a meuglé toute la soirée, chaque minute.

Un cimetière Inca

Un cimetière Inca

Des tombeaux pré-incas

Des tombeaux pré-incas

Pierre pour polir les murs du Machu Picchu

Pierre pour polir les murs du Machu Picchu

Machu Picchu - Qui a dit "enfin" ?

Pièce maitresse de l'architecture des Incas construite au 15ème siècle, l'édifice fut abandonné un siècle plus tard quand les Quechua fuirent les conquistadors espagnols. Quatre siècles, Hiram Bingham, professeur à l'université de Yale découvre une cité perdue, enfouie sous la végétation. Cet endroit, dont le nom originel est perdu à jamais, sera nommé comme la montagne sur lequel il se trouve : Machu Picchu, "vieille montagne". La fonction du Machu Picchu n'est pas connue, mais il aurait pu s'agir d'une résidence de l'Inca Pachacutec, ou d'un sanctuaire. 

De colossales richesses furent retrouvées sur le lieu, pillées par Bigham et ramenées aux Etats-Unis, ce qui provoquera une crise diplomatique majeure entre les USA et le Pérou quelques années plus tard. Une grande partie de la collection des objects déterrés au Machu Picchu se trouve encore exposé dans Yale aujourd'hui.

La construction de ce monument a mobilisé des milliers de Quechua pendant des siècles. Portés par les feuilles de coca et la musique, les ouvriers ont transporté des pierres de plusieurs tonnes sans aucun autre moyen que leur force physique.

Comme à Cuzco, chaque mur est légèrement incliné pour supporter les vibrations sysmiques. Polis à la main grâce à la pierre noire ci-dessus, les murs sont parfaitement lisses.

Les nombreuses terrasses du lieu servaient à l'agriculture, utilisées jusqu'au début du 20ème siècle par les fermiers locaux. (c'est pour cette raison que Bingham n'a pas découvert le Machu Picchu a proprement parler, il n'a jamais été perdu. Il l'a simplement rendu célèbre.)

Construit en l'honneur de Inti, le dieu soleil, les avis sont partagés sur la précision de la construction : censée projetter la réflexion du soleil sur une statue dorée durant le solstice d'été. Certains scientifiques disent que le phénomène n'est pas calculé de manière précise et est décalé de plusieurs jours, tandis que d'autres indiquent le contraire. Il faudra y aller vous même le 21 juin, espérer qu'il n'y ait pas de nuages et vous faire votre propre opinion.

Bâtiment posé à même la roche : la fondation représente Pachamama (mère nature), le bâtiment est le temple du soleil

Bâtiment posé à même la roche : la fondation représente Pachamama (mère nature), le bâtiment est le temple du soleil

La fusion entre la roche et le bâtiment est parfaite

La fusion entre la roche et le bâtiment est parfaite

Les ouvriers quechua ont fait la grave erreur de creuser des marches dans la représentation de Pachamama. L'Inca n'était pas content !

Les ouvriers quechua ont fait la grave erreur de creuser des marches dans la représentation de Pachamama. L'Inca n'était pas content !

Le temple des trois fenêtres : Une pour l'enfer, une pour le paradis, et une pour le temps présent. Elles représentent aussi l'ascension du soleil.

Le temple des trois fenêtres : Une pour l'enfer, une pour le paradis, et une pour le temps présent. Elles représentent aussi l'ascension du soleil.

Ascension vers la porte du soleil principale qui a failli nous achever. La montée de trop, sous un soleil de plomb

Ascension vers la porte du soleil principale qui a failli nous achever. La montée de trop, sous un soleil de plomb

Tonte de pelouse

Tonte de pelouse

Pierre sacrificielle avec tranchée pour recueillir le sang de l'animal ou de l'humain sacrifié

Pierre sacrificielle avec tranchée pour recueillir le sang de l'animal ou de l'humain sacrifié

Les villages au Pérou

Notre voyage comportait plusieurs arrêts dans de petits villages, pour le temps d'un repas ou d'une nuit. Autant dire que cela n'a pas été notre partie favorite du voyage, c'est clairement une attraction pour touriste : nous éprouvions de la gêne à nous imposer chez les gens (même si cela fait vivre l'économie de leur village), et les perspectives de communication étaient très limitées. (les gens ne parlaient pas espagnol, et nous ne parlions pas quechua). 

Il s'agit presque d'une étape obligatoire aux abords du lac Titicaca : les touristes se voient proposer une visite des îles et une nuit chez l'habitant.

Notre nuit sur la presqu'île nous aura tout de même donné un aperçu du mode de vie rural et de l'alimentation des villageois péruviens. Le résultat était assez convenu : du maïs, des fèves, du quinoa et des pommes de terre. On a assez vite fait le tour !

Les îles flottantes du lac Titicaca

Spectacle inattendu : le lac Titicaca n'est pas qu'une grande étendue d'eau vierge, mais il est effet devenu une attractin pour le tourisme. Proclamé "plus haut lac navigable du monde*" par les Péruviens, il est notamment occupé par des îles flottantes. Ces îles reposent sur des blocs de terre flottants ainsi que des plantes aquatiques de 4 mètres de haut, ces îles ont une durée de vie d'une trentaine d'année et ne sont pas une tradition péruvienne millénaire. Les premières îles furent construites il y a 40 ans.

Il s'agit également d'un des passages obligés du lac Titicaca, où des vendeurs d'objets artisanaux sollicitent les touristes pour vendre leurs biens. Pas notre partie favorite non plus. :-).

Le récit de la construction d'une île, représentée sur une maquette mignature (voir ci-contre) est bien plus intéressant. On nous explique qu'en cas de divorce ou de succession, il suffit de scier l'île en deux pour partager les biens. En cas de mariage, les îles voguent l'une vers l'autre et sont assemblées.

* Pour les bateaux d'une certaine taille. Certains lacs plus hauts sont navigables.

Kroink, le cochon qui aime les calins

Kroink, le cochon qui aime les calins

La fête au Pérou - Sponsorisée par les anti-depresseurs

Juin est le mois du solstice d'été et revêt donc une importance particulière pour les Péruviens. Nous avons donc eu la chance d'assister à de nombreuses célébrations à Cuzco et dans les îles que nous avons visitées. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'est pas le dynamisme qui vous prend à la gorge.

Nous avons assisté à une "battle", un concours de danse de 8 heures de suite entre deux équipes. Nous nous sommes fait expliquer les coutumes, et c'est pour le moins surprenant : les fêtes ne sont que des occasions pour boire de la bière, en faisant de petits mouvements pour prétendre danser. Le spectacle était donc surprenant : un espèce de fest-noz en plus lent, tout en buvant des litres de bière pour se réchauffer.

Encore plus surprenant : la cérémonie du pain. Le visiteur médusé voit déambuler des centaines de gens costumés portant des miches de pain et des croissants autour du cou. Le Pérou n'avait décidément pas terminé de nous surprendre. :-)